Accueil > Articles > Quelle ouverture des services Mobile virtuel en Tunisie (MVNO)
OPINIONS – 13.07.2012

Quelle ouverture des services Mobile virtuel en Tunisie (MVNO)

Le Le nouveau projet de loi soumis par le gouvernement à l’Assemblée constituante pour amender le code des  télécommunications en Tunisie, donne une force exécutoire aux  jugements  de  l’instance nationale des Télécommunication, ouvre les services mobiles virtuels et réglemente l’activité de services d’accès à l’internet.

Nous abordons dans notre article les implications  juridiques, techniques et conséquences socio-économiques du  nouveau projet  de loi.

Depuis de nombreuses années, on assiste à une demande croissante des ressources spectrales proportionnellement  au développement de la téléphonie mobile dans le monde or ces ressources spectrale sont une denrée rare et limitée qu’il faut l’utiliser avec parcimonie.

Malheureusement, il s’avère que la ressource spectrale gérée par les régulateurs semble déjà presque totalement occupée,  Néanmoins, il a été remarqué que de nombreuses fréquences sont inoccupées au cours de la journée alors qu’elles sont officiellement allouées à un opérateur. En effet, les mesures de l’occupation spectrale témoignent d’un déséquilibre conséquent dans l’exploitation des différentes bandes de fréquence allouées.

Pour répondre aux besoins des utilisateurs, la première voie explorée pour augmenter la capacité effective des systèmes radio a été de concevoir des techniques de communications numériques, incluant des outils de traitement du signal très optimisés, La dernière en date fut la technique coopérative. Comme système coopératif, on peut songer à une gestion en partie commune de différentes stations de base créant ainsi des stations de base virtuelles, c’est ce qu’on appelle l’accès ouvert dans l’économie numérique  «accès ouvert» qui s’applique aux infrastructures et signifie que tous les fournisseurs ont la possibilité d’accéder sur un pied d’égalité aux installations du réseau.

Les modèles réglementaires comme les conditions d’accès sont appelés à varier d’un pays à un autre, mais cette ouverture est essentielle si l’on veut éviter que la nouvelle économie numérique ne retombe dans le monopole.

L’ouverture des services Mobile virtuel en Tunisie est une manière de concrétiser cette ouverture d’accès  pour insuffler  plus de transparence et de concurrence pour  le bien du consommateur Tunisien.

Le principe pour le régulateur est d’optimiser les ressources spectrales afin de créer des nouveaux operateurs pour  faire jouer la concurrence comme instrument de régulation et de stimulation du marché.

A chaque ouverture de ces services dans le monde  le débat bat  son plein ;  Fausse bonne idée, pour les uns ; véritable bouleversement du modèle économique des opérateurs mobiles, pour les autres.,

Malheureusement en Tunisie ce projet a été présenté à l’ ANC sous silence aucun débat pour les citoyens , les organisations de la société civile , ni même pour les spécialistes.

Ainsi notre article est une contribution pour apporter du grain à moudre au moulin pour créer ce débat démocratique.

1.1. Qu’est-ce qu’un MVNO?

Un MVNO est un opérateur de Télécommunications mobile ne possédant pas de spectre Radio, il le loue à un opérateur de Télécommunications  historique avec lequel il entretient une relation de fournisseur.
Un MVNO fournit la carte SIM à et a le plein contrôle sur ses abonnés et gère son propre système de facturation.
Un MVNO achète de la capacité réseau, généralement au plus près du niveau de base que possible, et investit généralement dans une infrastructure  propre de service.

Le MVNO établit ainsi une position plus indépendante de l’opérateur de Télécommunications  historique  fournisseur et est en mesure de rivaliser directement avec les autres opérateurs de réseaux mobiles sur un  marché cible en offrant des services avancés.

1.2. Présentation du secteur d’activité

Le secteur des télécommunications joue un rôle moteur dans la croissance économique des pays.
Les études de la Banque Mondiale sur 120 pays montrent que chaque augmentation de 10 points de pourcentage dans la pénétration des services de large bande correspond à une augmentation de la croissance économique de 1.3 point de pourcentage.

Le marché de la téléphonie mobile dans le monde est aujourd’hui arrivé à maturité. Dans la plupart des pays, le taux de pénétration de la téléphonie mobile est de l’ordre de 100% .Sur ce marché, la notion de segmentation de l’offre est de plus en plus importante, d’où le développement du modèle d’opérateur mobile virtuel (MVNO) capable de cibler des utilisateurs ayant des profils très spécifiques (ethnique, socio-économique, géographique  ou autres).

1.3. Où en est le développement des MVNO en Europe ?

Le législateur européen  avec  la directive «accès» Directive 2002/19/CE du Parlement européen qui fait partie du «la directive Paquet Télécom» et avec quatre autres directives («cadre», «autorisation», «service universel» et «vie privée et communications électroniques») vise à refondre le cadre réglementaire existant et à rendre le secteur des réseaux et services de communications plus compétitif et ouvert.

La directive «accès» fixe des droits et des obligations pour les opérateurs et les entreprises souhaitant obtenir une interconnexion ou un accès à leurs réseaux. Le principe est de faire jouer la réglementation en matière de concurrence comme instrument de régulation du marché.

L’objectif de cette directive est d’établir un cadre juridique propice au développement de la concurrence afin de stimuler le développement des services et des réseaux de communications. L’objectif est également de garantir que l’éventuelle saturation du marché voix des opérateurs historiques  présents sur le marché ne soit plus un frein à l’apparition de nouveaux services innovants dont pourraient bénéficier les utilisateurs.

Par ailleurs, la directive établit une règle fondamentale en matière d’interconnexion qui dispose que tous les opérateurs de réseaux ont des droits et des obligations en ce qui concerne les accords d’interconnexion. C’est ainsi que les opérateurs de réseaux publics de communications ont le droit et, lorsque d’autres entreprises titulaires d’une autorisation le demandent, l’obligation de négocier une interconnexion réciproque pour fournir des services de communications électroniques accessibles au public.

La directive établit une obligation de non-discrimination de sorte que les opérateurs appliquent des conditions équivalentes dans des circonstances équivalentes aux entreprises fournissant des services équivalents;
Dans ce domaine, un vrai clivage est apparu par la rapidité et la manière de transposer cette directive dans les pays membres de l’UE.

En Europe, les pionniers sont apparus autour des années 2000 : au Royaume-Uni avec Virgin Mobile, lancé en 1999, et surtout dans les pays nordiques (Danemark, Suède, Finlande).

Le Danemark à l’instar Hong Kong réserve 30 % de la bande passante attribuée aux opérateurs traditionnels pour des applications de type MVNO.

Les Pays-Bas connaissent également une montée en puissance des MVNO, , plusieurs MVNO ont pu être créés ponctuellement, en Europe de l’Est notamment. Dans ce domaine, un vrai clivage est apparu entre l’Europe du Nord et l’Europe du Sud, où la situation est bloquée, en Grèce, et au Portugal.

Les Etats membres de l’Union Européenne ont tous  transposé dans leur droit national, les directives européennes de 2002 sur la libéralisation du marché des télécommunications et l’harmonisation de la législation, ce qui a permis l’émergence des MVNO depuis plusieurs années, avec un impact particulièrement important dans certains pays comme le Royaume-Uni, la Belgique, les Pays-Bas, l’Autriche et la Scandinavie. Aujourd’hui, il y a environ 200 MVNO en Europe, qui représente plus de 12,3% du marché de la téléphonie mobile. En France, grâce à l’intervention du régulateur le nombre de MVNO est passé de  trois opérateurs mobiles virtuels en 2004 à  une quarantaine aujourd’hui. D’autres lancements sont à venir.

En France Avec 1,9 million de clients, Virgin Mobile est le premier MVNO. Il vient néanmoins de perdre sa quatrième place du marché global des opérateurs mobile, désormais détenue par Free Mobile et ses plus de 2,5 millions d’abonnés. Virgin Mobile aurait perdu 24 000 clients nets, soit un peu plus de 1% de sa base depuis le lancement de Free Mobile.

Selon l’ARCEP, les MVNO représentaient 11,3% du marché du mobile à la fin de l’année dernière, avec 7,4 millions de clients.

Jupiter Research recense plus de 200 MVNO en Europe. En France, la vague des opérateurs mobiles virtuels a pris sa source en 2002 avec Transatel, et s’est amplifiée en 2004 avec les lancements des MVNO grand public Debitel et Breizh mobile, avant de déferler en 2005 et 2006. De trois opérateurs le marché mobile français en compte aujourd’hui une quarantaine.

Les MVNO s’affirment de plus en plus, tant en Europe qu’en Amérique du Nord ou dans certains marchés mobiles asiatiques. Ils répondent à une logique de segmentation plus fine dans un marché parvenu à maturité, et comptent de l’ordre de 30 millions d’abonnés, soit une progression de 60% en deux ans.

Les vecteurs majeurs pour le développement des MVNO sont de nature à la fois contextuelle, technologique et réglementaire. Le développement des MVNO participe à la nécessité de trouver des relais de croissance dans des marchés saturés ou proches de la saturation, comme en Europe de l’Ouest ou en Amérique du Nord où les espaces de conquête sont encore importants.

Le phénomène MVNO se déploie également sur fond de convergence des réseaux et d’adoption des services à valeur ajoutée. La réglementation est un des principaux facteurs ayant permis l’explosion des MVNO en Europe.
Les régulateurs peuvent cependant impliquer des  principes logiques et une mise en œuvre pratique dans des directions souvent convergentes d’ouverture du secteur à la concurrence.

Cela peut expliquer les contrastes de développement des MVNO dans l’Union européenne.

1.4. Les MVNO Aux Amériques du Nord , Asie et Afrique

Aux Amériques du Nord l’environnement réglementaire est libre et neutre, le potentiel est très important il est tirés par les Medias. Les Etats-Unis sont le premier pays en nombre de MVNO, avec plus d’une soixantaine d’opérateurs virtuels.

Telecordia a lancé de nombreux MVNO comme Virgin Mobile USA, Kajeet, Disney Mobile et Flying J.
Aux japons le marché est très concurrentiel le coût d’accès est très élevé et le potentiel est limité  alors qu’il cherche à se développer au Etats-Unis et en Europe avec le lancement d’un MVNO pour les japonais US ;
Telecordia et KDDI s’associe pour le lancement d’un MVNO pour les japonais des US, KDDI America utilisera la solution de Telecordia (MVNE).

En  chine? On connait l’extraordinaire croissance du marché chinois. Le premier du monde en termes de parc fixe et mobile. Un taux de croissance qui reste très élevé avec près de 5 millions d’abonnés cellulaires de plus par mois. Dans les grandes villes de la bande côtière (Pékin,Shanghai, …) le taux de pénétration des mobiles atteint les 90%.

Et pourtant, les quatre grands opérateurs (deux mobiles : China Mobile et China Unicom, et deux fixes China Telecom et China Netcom) sont dans une très grande situation d’incertitude. Ils sont tous totalement contrôlés par l’Etat  par contre ils sont des véhicules motrices côtés de Hong Kong, voir à New York et UK.

1.5. Le marché ethnique, nouvelle cible des opérateurs mobiles virtuels

Les MVNO  élargissent leur marché à la population émigrée en europe. Ces opérateurs proposent des offres concurrentes aux traditionnelles cartes téléphoniques prépayées et aux call-shop, notamment pour les appels passés vers le Maghreb, l’Afrique Sub-saharienne ainsi que vers la Chine et l’inde.

Ce marché  ethnique s’élèverait à quelque 500 millions d’euros selon les dirigeants de Lebara Mobile, et la France serait le troisième marché européen pour ce type de services, derrière la Grande-Bretagne et l’Allemagne.
Ainsi Vodafone Egypte lance Bladna une MVNO ciblant la diaspora égyptienne vivant en Italie ; Bien que Bladna soit la première MVNO de Vodafone Egypte, il n’y a pas de raisons qu’elle sera la seule. Selon Arkadi Panitch, l’opérateur mobile élabore une stratégie ciblant les émigrants égyptiens et nord africains, il sera en position de lancer plusieurs MVNOs dans d’autres pays européens. Les grands opérateurs mobiles vont s’intéresser de plus en plus à ce type de MVNO dans le futur.

Le Maroc , avec trois opérateurs globaux que sont Maroc Télécom , Meditelecom (depuis 2000) et Wana Corporate (2007) et un quatrième opérateur  MVNO , il s’agit de  Poste Maroc, le marché des télécoms  au Maroc présente toutes les caractéristiques de la maturité :avec  un  taux de pénétration de  113,6% , 36,5 millions d’abonnés et un trafic de 23 milliards de minutes, en hausse de 66% en un an, et une tarification des minutes sur le mobile en baisse de 34%.

Maroc Telecom avait lancé  en 2007 une MVNO sous le label « Mobisud » en France et en Belgique ciblant la population émigrée nord africaine. À la naissance de Mobisud en décembre 2006, SFR détenait 16 % des parts du MVNO, Maroc Télécom en détenait 66 % et le groupe Saham 17 %. L’opérateur français de téléphonie mobile SFR a racheté les parts de Maroc Télécom en 2009.

L’MVNE Effortel est par exemple à un stade avancé de discussions pour le lancement d’un MVNO en Afrique de l’Ouest et d’autres pays africains sont sur leur liste. Il y a aussi des opportunités à l’extérieur du continent en particulier en Europe. Pourquoi pas une MVNO au Royaume-Uni ciblant les émigrés du Nigéria et du Ghana ou encore une MVNO en France ciblant les sénégalais, les ivoiriens et d’autres émigrants originaire d’Afrique francophone? C’est une idée qui devrait faire réfléchir des opérateurs comme Orange, MTN, Globacom ou encore Vodafone.

La diaspora africaine à l’extérieur du continent africain mais aussi sur le continent africain est énorme. Demandez-vous simplement combien de Burkinabés résident en Côte d’Ivoire ou encore combien de personnes du Zimbabwe vivent à présent en Afrique du Sud ou encore combien de personnes Tunisienne vivant en Lybie et inversement ? L’Afrique ne manque pas aussi de gens entreprenants intéressés de se lancer dans ces nouveaux secteurs d’activités.

China Telecom,  le troisième opérateur mobile chinois a annoncé la signature d’un accord avec Everything Everywhere, la joint-venture britannique de France Télécom et Deutsche Telekom, pour y lancer un opérateur mobile virtuel (MVNO). Ce nouveau venu sur le marché mobile britannique devrait voir le jour en 2012. Il devrait essentiellement cibler la communauté chinoise résidant au Royaume-Uni ainsi que les touristes chinois qui viendront assister aux Jeux Olympiques de Londres (27 juillet-12 août prochains). C’est la première fois que China Telecom sort de son marché domestique.

1.6. Quelles stratégies pour les opérateurs historiques ?

Après avoir considéré les MVNO comme une menace, la plupart des MNO operateurs historiques ont infléchi leurs positions, affûté leurs ripostes, en s’appuyant sur les compétences de leurs concurrents MVNO pour poursuivre leur propre croissance. Certains demeurent encore hostiles sur le court terme.

Les raisons qui poussent les MNO à s’associer avec des MVNO sont d’ordre réglementaire, financier et économique. Elles recouvrent une réalité hétérogène :

• Les MNO, qui espèrent capter des segments délaissés sans mettre en péril leur propre marque, privilégient le développement de sous-marques (ex. filiales du groupe KPN).
• Certains MNO procèdent par acquisition externe, avec le double objectif d’acquérir des compétences sur les segments délaissés et d’étouffer les agresseurs le cas échéant (ex. TDC).
• D’autres MNO encore s’organisent pour proposer une offre de gros destinée à mieux tirer parti des disponibilités de leur réseau.
• D’autres voient dans le développement de MVNO la condition pour obtenir le feu vert à leur offre convergente.
• Certains, enfin, continuent d’adopter une stratégie défensive face à la nouvelle concurrence MVNO.

1.6. Quelles stratégies pour les MVNO potentiels ?

Le phénomène MVNO constitue une opportunité intéressante pour des acteurs maîtrisant la création d’offres innovantes et de forte notoriété (notamment structure et niveau tarifaire de l’offre) et des services à valeur ajoutée, des canaux de distribution et le savoir-faire en matière de gestion de l’abonné. Les acteurs du monde télécom d’une part (opérateurs fixes, FAI ou encore géants des portails Internet) ont une carte à confirmer avec la convergence des services et des médias. Les FAI lorgnent largement sur les revenus des opérateurs mobiles et sont tentés par des offres quadruple play.

Les acteurs des médias et du divertissement  « entertainement »  jouent la carte de la stratégie de contenus. Il s’agit pour les groupes médias de trouver des relais de croissance par une diversification dans les nouveaux médias pour leurs portefeuilles de contenus existants.

Les grands distributeurs et détaillants spécialisés peuvent également simplement ajouter un produit à leur portefeuille existant.

D’autres acteurs, confrontés à de profondes mutations industrielles et à une remise en cause de leur modèle économique ou encore contraints de s’adapter, peuvent être attirés par le modèle MVNO, comme les banques, les assurances et les tours opérateurs, ou encore les compagnies aériennes.

Le développement du secteur MVNO n’est viable que dans les pays ou le secteur est libre avec une  autorité de régulation  régissant les rapports entre HNO et MVNO. Les premières  années de vaches maigres pour les MVNO en France ont été marquées par une première phase de restructuration du marché : rachat et faillite de certains MVNO.

Le cycle de développement a été amorcé par la transposition de la directive « acces » du parlement européen et une certaine maîtrise technique par l’apparition des full MVNO ou les MVNE.

Le régulateur interdit des pratiques tels que :
– Clauses d’exclusivité, durée des contrats et des droits de priorité empêchant toute renégociation des contrats
– Clauses limitant les possibilités de valorisation de l’activité d’opérateur virtuel et donc les incitations à l’investissement dans cette activité
– Conditions tarifaires qui empêchent toute concurrence frontale entre les MVNOs et leur opérateur hôte.

1.7.    Contexte socio-économique des Télécoms en Tunisie  

La Tunisie s’est engagée depuis les années 1980 dans le développement du secteur des télécommunications. En vue d’accélérer ce développement, elle a procédé à la libéralisation du secteur pour le renforcement de la compétitivité économique.

La Tunisie s’est orientée depuis 2002 vers une libéralisation du secteur des télécommunications , consolidé par des mesures juridiques et réglementaires et par un renforcement des structures de régulation.

1.8. Cadre juridique et réglementaire En Tunisie

La Tunisie a signé en 1997 une convention avec l’OMC qui l’engage sur la libéralisation du secteur des télécommunications.

Le secteur des télécommunications en Tunisie se caractérisait par une situation de monopole de l’Etat jusqu’à la promulgation du code des télécommunications en 2001.

Le code des télécommunications  réglemente l’ouverture du marché des télécommunications au secteur privé. Les autres innovations majeures de cette loi de 2001 sont la création d’une autorité de régulation en charge des télécommunications (l’Instance Nationale des Télécommunications INT) et de l’Agence Nationale des Fréquences (ANF) en charge de la gestion du spectre des fréquences.

Un cadre technique et réglementaire restrictive  a été aussi promulgué en 2008 visant à réglementer et les services de la téléphonie à travers la voix sur IP (Décret n°2008-2638).

1.9. Le téléphone Fixe en Tunisie 

Tunisie Télécom, qui avait le monopole de ce service depuis sa création  a vu un nouvel opérateur  « Orange Tunisie » sur la marché fixe qui utilise la VOIP en 2010 et verra fin 2012 encore un autre sur le même segment de marché «  TUNISIANA ».

Malgré l’effort commercial d’Orange Tunisie avec plus de 30 000 abonnés, Tunisie Telecom garde le monopole du marché de la téléphonie fixe avec 1.2 millions d’abonnés  car l’ouverture de la boucle locale de Tunisie Télécom n’est pas encore une réalité  et  le pari de la concurrence est encore hors  d’atteinte.

L’ouverture de la boucle locale de l’opérateur historique Tunisie Télécom  à ces  concurrents est  une obligation légale en principe.

Mais il semble que l’INT  (Instance Nationale des Télécommunications) commence à prendre les choses en main pour rappeler à Tunisie Télécom l’obligation d’ouvrir sa boucle locale à la concurrence.
Ainsi avec cet amendement du code des Télécommunications  les jugements et arbitrages de l’INT auront une fore exécutoire.

Gageons-nous sur le futur pour que l’Instance Nationale des Télécommunications ait les moyens nécessaires pour mener une politique de régulation à la hauteur de ces ambitions.

1.10. Les taxiphones ou publitels en Tunisie

Les taxiphones ou publitels ont connu une véritable croissance en Tunisie jusqu’à 2007 l’année de déclin de ce secteur. De 20 mille centres, on compte actuellement quelque 8 mille publitels. 12 mille ont été fermé. Durant la même période, le même secteur commence à connaitre une fulgurante croissance en Europe. On se demande vraiment  pourquoi et quel avenir ont il ? Surtout que nombreuses familles vivent de ces centres. À cette question on est tenté de répondre que seuls les opérateurs virtuels  pourraient aider à résoudre ce problème en Tunisie.
Notre constat est simple : le  modèle économique en Europe pour les call-shop taxiphones est basé sur l’achat en gros de minutes de communications de terminaisons vers l’international au prix le plus bas, et la revente au détail de ces même minutes avec une marge qu’ils décident en fonction de la concurrence sur la zone de chalandise. Les mêmes Téléboutiques en Tunisie ont continué à vendre les communications du téléphone fixe local avec une taxation décidée par Tunisie Télécoms.

1.11. Le mobile en Tunisie

Le marché de la téléphonie mobile compte plus de 12 millions d’abonnés, pour une population totale de 11 millions est arrivé à une maturité en Tunisie et une saturation des  ressources spectrales, ou il n’y a plus de place pour un quatrième opérateur mobile classique. Le régulateur  Tunisien s’oriente à ce stade de développement et comme dans tous les pays développés  pour insuffler plus de dynamique, d’innovation de service et encore plus de concurrence sans nuire aux équilibres économiques  des trois opérateurs existants pour créer plus de segmentation de l’offre par la création des MVNO qui vont optimiser et rentabiliser le spectre radio utilisé par les trois opérateurs en ciblant des utilisateurs ayant des profils très spécifiques.
Grâce aux MVNO, Tunisie Telecom pourrait donc concentrer ses efforts sur le marché Pro et le marché de grossiste (wholesale). Grâce à des partenaires plus dynamiques qui exploitent son réseau,
En France, la baisse du revenu des prestations liées au service téléphonique (-1,6% sur un an au quatrième trimestre 2007) est contenue, grâce notamment à l’apport des recettes de l’offre de vente en gros.
Ainsi le revenu des opérateurs de réseaux fixes sur le marché intermédiaire est en augmentation de 9,4% sur un an. Cette hausse est due à une forte croissance (+38,9% sur un an) du revenu lié aux prestations de gros d’accès haut débit (dégroupage, offres de gros de type bitstream…) dont le revenu atteint 411 millions d’euros au quatrième trimestre 2007.

Le marché Tunisien des MVNO va incontestablement connaître une nouvelle ère de développement pour  plus d’efficience économique par la création de la valeur ajouté et de l’emploi.

Reste à surmonter les réticences des opérateurs traditionnels !

Les MVNO deviendront des Véritables opérateurs en Tunisie  ou simples fournisseurs de services, ce là dépend de la réglementation projetée ; Tout est fonction du degré de la régulation souhaité par le législateur.
Cette intervention du régulateur se justifie sur le strict plan de l’efficacité économique lorsqu’on ne peut escompter qu’un mécanisme de marché conduis en soi à une situation efficace, en raison d’une “défaillance de marché” (“market failure”) motivé par  les comportements de résistance des opérateurs historiques du secteur.
Le projet de loi présenté à l’ « ANC »  l’assemblée nationale constituante est en soi saluable, mais admettant dans son article 28 bis plusieurs interprétations dont nous souhaitons l’amendement ou l’éclaircissements dans les  décrets d’applications pour répondre à l’efficience économique escompté de ce secteur.
Le sens de l’article 28 bis est le suivant : «  il est possible de louer l’excédent de la bande des ressources des réseaux publics  au profit des opérateurs …. »

Avec le mot « possible » on est tenté de se demander comment il pourrait y avoir un développement du secteur MVNO face aux comportements naturels de résistance des opérateurs historiques qui n’ont aucune obligation de louer les ressources spectrales.

Quant au mot excédent  on est tenté de répondre aussi comment on peut déterminer cet excédent et qui peut le déterminer ; Là aussi dans le projet de loi c’est l’opérateur historique seul qui peut déterminer cet excédent et on ne voie pas comment créer cette concurrence dans ce marché.

Mais félicitant  le reste de l’article ou  les opérateurs historiques seront tenus de publier une offre de partage de référence avant de négocier des accords individuels avec les licenciés qui en font la demande.
Le régulateur Tunisien  aurait pu  à l’instar de Hong Kong et du Danemark réserver  30 % de la bande passante attribuée aux opérateurs traditionnels pour des applications de type MVNO.

Ainsi les opérateurs existants seront obligés de tenir compte des besoins des nouveaux entrants en renforçant leurs capacités de réseaux.

Le régulateur Tunisien  aurait pu  aussi instituer dans ce projet de loi une  réglementation souple en matière d’interconnexion qui dispose que tous les opérateurs de réseaux ont des droits et des obligations en ce qui concerne les accords d’interconnexion avec une obligation de non-discrimination de sorte que les opérateurs appliquent des conditions équivalentes dans des circonstances équivalentes aux MVNO interdisant toute clauses d’exclusivité.

À l’heure où l’on parle,  mutualiser les investissements dans les futurs réseaux de quatrième génération  afin de diminuer le coût de déploiement, la location de bande passante à des tiers pourrait également contribuer à réduire les dépenses des opérateurs historiques. Avec à la clé deux questions majeures : quelle est l’économie d’échelle pour un MVNO et quel est le risque commercial pour l’opérateur d’infrastructure ?

Pour les pragmatiques et puristes en Télécommunication : un véritable MVNO  doit posséder ses propres commutateurs. Si on vise plus de valeur ajoutées et plus de parts de marché, mieux vaut contrôler le plus possible son infrastructure.

Le plus rudimentaire des MVNO se limite au marketing et à la distribution de sa marque en abandonnant tout le reste (facturation, gestion de la relation clients et exploitation du réseau) à l’opérateur d’infrastructure. À l’opposé, le plus intégré des MVNO s’engagera de manière beaucoup plus poussée non seulement sur le plan opérationnel, mais aussi au niveau des infrastructures. Hormis le déploiement des stations de base, on peut tout à fait imaginer un MVNO qui collecterait et acheminerait lui-même son trafic avec ses propres MSC et HLR.
Un MVNO peut également permettre à un opérateur traditionnel d’arrondir ses fins de mois en augmentant sa charge de trafic, donc ses recettes. Pour le   perpétuel risque de cannibalisation ? ” Mieux vaut voir un client quitter un opérateur au profit de son partenaire qu’à celui de ses concurrents “,

La multiplication des stratégies commerciales sur un même réseau augmente nécessairement les chances de réussite de l’opérateur hôte. ” Un discours que les opérateurs traditionnels en Tunisie auront encore du mal à entendre,  mais qui les fait néanmoins vont le démontrer ” un MVNO garantie au fournisseur hôte une marge meilleure que celle qu’il réalisé avec ses propres abonnés. ”

 

Nejib BELHABIB
Expert & Consultant en Télécommunication

Votre adresse de courriel ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont marqués *

*